1985 : Une association conquérante !

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On se souviendra de cette 53e édition : participation de  qualité, réglementation bien modifiée, neige présente, public  nombreux, suspense alimenté par deux rebondissements.

Vatanen et Harryman sur Peugeot 205 T16

La participation est de grande qualité grâce à trois nouvelles  voitures engagées : la Peugeot 205 T16 (350 ch), la  Lancia 037 3e évolution (335 ch), la Citroën 1000 Pistes (145 ch)  face, bien sûr, aux Audi Sport Quattro (400 ch) et à des  champions aussi renommés que Blomqvist (Champion du  Monde en titre), Röhrl, Vatanen, Toivonen, Salonen, Biasion,  Andruet, Saby, Snobeck, Chasseuil, Wambergue…

Les modifications apportées à la réglementation ont donné  un découpage quasi parfait, réduit légèrement les parcours de  concentration, rétabli l’étape de classement, programmé sept  nouvelles spéciales et vont permettre d’effectuer de jour la  moitié de l’étape finale.   La neige est bien là, même si de nombreuses spéciales sont  mi-sèches, mi-enneigées. Vingt-cinq épreuves sur 33 nécessitent  tout de même des pneus à clous.

Le public est plus nombreux que jamais au point que,  dans la spéciale de Saint-Bonnet-le-Froid (25,6 km), la foule  est estimée, par la gendarmerie, entre 30 000 et 40 000 spectateurs.  A cause d’elle, Vatanen sort de la route et blesse légèrement  deux personnes. Cet accident le perturbera un certain  temps alors qu’il souffre déjà du syndrome Röhrl.   Le suspense, élément indispensable pour qu’une épreuve  sportive prenne une autre dimension et connaisse le succès,  s’intensifie à deux reprises grâce à d’imprévus retournements  de situation.

Après la 1re épreuve, Dunières (2 km), dont l’intérêt est  la retransmission, par TF1, en direct sur sa totalité pour les  25 premières voitures (TMC renouvelle son expérience de  1984 dans le Turini), gagnée par Vatanen (Peugeot), Röhrl  (Audi) prend fermement la tête du rallye en s’adjugeant trois  victoires. Seul le Moulinon, en grande partie sec, permet à  Biasion de mettre en valeur sa Lancia deux roues motrices.  Derrière, se manifestent Blomqvist (Audi), Salonen (Peugeot),  Toivonen (Lancia), Saby (Peugeot), parfois Snobeck (Renault  R5 Turbo) et un Andruet (Citroën) des grands jours.

Lors des deux premières spéciales du parcours commun,  Vatanen et Röhrl se neutralisent. Puis le Finlandais accentue  le rythme. Il aligne temps scratch sur temps scratch (5) et  prend le leadership dès la 2e de ses cinq victoires. Au regroupement  de Grenoble, il précède Röhrl de 2’ 04” ; à celui de  Gap, son avance est portée à 3’ 19”. Il maîtrise totalement la  situation. Se produit alors le premier rebondissement. Au  contrôle de Gap, Harryman, son copilote, se trompe dans les  calculs et pointe avec 4’ d’avance. La sanction tombe : huit  minutes de pénalisations. Et Röhrl prend la tête avec 4’ 41”  d’avance. L’équipe Peugeot-Talbot Sport est anéantie.

Vatanen, plus motivé que jamais, engage, dès la reprise,  avec la spéciale du col de Perty, une course folle poursuite.  Spéciale après spéciale, il dévore avec détermination le capital  de son adversaire. En l’espace de cinq épreuves, il efface  2’ 43” de retard dont 1’ 01” dans la dernière, où tous les deux   sont sortis de la route au même endroit, mais où il a été plus  prompt à se remettre en action. Le parcours final, emprunté  par 87 rescapés, s’annonce exaltant. La tornade Vatanen arrive  après la première épreuve, la seule du rallye entièrement sèche,  que remporte la Lancia de Biasion suivie de celle de Toivonen.  D’abord faible, elle redouble de violence dans la Couillole où  Saby prend un risque au niveau des pneus et signe le meilleur  temps devant son équipier finlandais. En dépit de son énergie  et de son acharnement à défendre sa place de leader, Röhrl,  3e, est à 22” de Vatanen. Aussitôt après intervient le deuxième  rebondissement. Dans la spéciale Puget-Théniers – Toudon, mal  conseillé par ses ouvreurs et voulant tenter l’impossible afin  d’enrayer l’inexorable remontée de son poursuivant, Röhrl  part en pneus slicks alors que tous chaussent des pneus cloutés.  Son erreur est monumentale. La sanction est terrible : 2’ 23”  de plus que Vatanen vainqueur. Il perd le leadership.

Cette spéciale, deuxième tournant du rallye, est vraiment  bénéfique à Peugeot, auteur du seul triplé de toute la course.  Par contre elle est vraiment néfaste à Audi puisque Blomqvist  sort de la route. Chez Lancia, Toivonen se classe derrière les  Peugeot, tandis que Biasion perd une roue mal fixée lors du  changement de pneus pendant la spéciale, opération que Lancia  effectue à plusieurs reprises durant le rallye pour lutter contre  les voitures à quatre roues motrices. Quant à Peugeot, sa  solution pour être plus efficace réside dans le remplacement  au coup par coup des suspensions en fonction du revêtement  dans chaque spéciale.

Après ce terrible coup de sort pour Audi, Röhrl a beau se  livrer à fond, il n’obtient qu’une victoire. Il ne peut rien contre  un fantastique Vatanen vainqueur, comme Toivonen, de trois  spéciales, Blomqvist, Saby et Biasion se partageant les places  suivantes. Si bien qu’à Monaco, Vatanen – Harryman gagnent  avec 5’ 17” d’avance sur Röhrl – Geistdorfer et 10’ 05” sur  Salonen – Harjanne. C’est la quatrième victoire consécutive  du mariage Vatanen – Peugeot 205 T16, auteurs de 21 temps  « scratch » en 33 spéciales. En plaçant ses trois voitures dans  les cinq premiers, plus une autre victoire en Promotion avec  Gardère – Bufferne, Peugeot est le grand triomphateur.

Ce succès est d’autant plus estimable qu’Audi a beaucoup  travaillé, fait progresser ses machines et que Walter Röhrl est  considéré, par beaucoup, comme le rallyman le plus rapide du  moment.  Que ce soient les Peugeot ou les Audi à l’attaque, impressionnantes  de brutalité, ou les Lancia, très spectaculaires sur  la neige, en constante glissade à 160-180 km/h dans de grandes  courbes bordées parfois de ravins, ce fut du grand spectacle.  Le superbe forcing de Vatanen, qui débuta dans le Vercors  entièrement enneigé, donna à cette édition une dimension  exceptionnelle.  Et dire qu’elle avait failli ne pas avoir lieu ! Un grave  différend venait d’opposer l’ACM à la FIA. Tout était rentré  dans l’ordre peu de jours avant le départ, mais il avait fallu  que l’ACM se plie à certaines conditions de la FIA. Cette  incertitude avait sérieusement réduit le nombre d’engagés.

 

 

The 53rd Monte-Carlo Rally will remain in the annals of  the event: quality field, intelligently modified regs, large crowd  and suspense maintained by 2 upsets.

Vatanen et Harryman sur Peugeot 205 T16

Peugeot (350 bhp), the 3rd generation Lancia 037 (335 bhp)  the 1000 Pistes Citroën (145 bhp) and of course the Audi Sport  Quattros (400 bhp). Among the top drivers were Blomqvist  (reigning world champion), Röhrl, Vatanen, Toivonen, Salonen,  Biasion, Andruet, Saby, Snobeck, Chasseuil and Wambergue.   The modifications made to the regs provided an almost  perfect balance reducing the concentration routes a little,  bringing back the classification section and adding 7 new  specials while making provision for half of the final stage to  be run in daylight.

There was snow and numerous specials were run on a  surface that was alternatively wet and dry. Twenty-five out of  the 33 required studded tyres.   There were more spectators than ever and in the SaintBonnet- le-Froid special the police estimated their number at  between 30,000 and 40,000. Because of them Vatanen went off  injuring 2 slightly which upset him a little while he was already  suffering from the hammering inflicted by Röhrl.

The suspense, absolutely indispensable for the event to  take on another dimension and increase its chances of success,  intensified on 2 occasions thanks to sudden unexpected twists.   After the first special, Dunières (2 kms) whose interest lay  in the fact that it was shown live on TF1 (French TV channel)  for the first twenty-five cars (TMC was back again after 1984  for the Turini) was won by Vatanen’s Peugeot. Röhrl in his Audi  then went into the lead by winning 3 times. In the Moulinon,  which was mainly dry, Biasion showed the 2-wheel drive  Lancia’s speed. Others who shone were Blomqvist (Audi),  Salonen (Peugeot) and occasionally Snobeck (Renault R5  Turbo) and Andruet in his Citroën. In the first two specials on  the common route Vatanen and Röhrl won one each but the  Finn then upped the pace. He won special after special and  took over the lead after his 2nd victory. At the Grenoble halt  he was 2 mins 4 secs ahead of Röhrl and at Gap he increased  his lead to 3 mins 19 secs. He was in complete control and  then came the first upset! At the Gap check-point his co-driver  messed up his calculations and clocked in 4 mins too early.  The punishment was an 8 minutes penalty! This put Röhrl  back into the lead with 4 mins 41 secs in hand. The whole  Peugeot Talbot Sport team was completely gobsmacked!

If anything this really fired up Vatanen’s motivation and  in the col de Perty special after the restart he really put the  hammer down and special and special he ate into his rival’s  lead. In the space of 5 specials he clawed back 2 mins 43 secs  including 1 min 1 second in the final one where both went off  in the same spot, the Finn getting back on the road more  quickly. The final leg for the 87 remaining cars had all the  makings of a breathtakingly exciting climax. Vatanen’s display  of his skills was to begin in the second special after Biasion  followed by Toivonen, won the first which was completely dry  (the only one in the whole rally). In the Couillole Ari was  second behind his team-mate, Saby, who took a risk with his  tyres and won. Röhrl finished third some 22 secs behind  Vatanen his attempts to defend his place as leader being of  no avail. Then came the second twist to the plot in the Puget- Thénier -Toudon special. Röhrl was given bad advice by his  scouts and in attempting to fend off the growing menace of his  pursuer he set off on slick tyres while all the others used  studded ones. It was a monumental error as he lost 2 mins  23 secs and the leadership.

Fortune smiled on Peugeot in this special as their cars  finished in the first three places (only time in the rally). This  was not the case for Audi as Blomqvist went off. In the Lancia  camp Toivonen came home behind the trio of Peugeots while  Biasion lost a wheel that had been badly tightened during a  tyre change; something that the Italians did frequently in their  attempts to keep up with the 4-wheel drive cars. Peugeot’s ace  in the hole was the replacement of the suspension according  to the surface in each special.

After this stroke of misfortune for Audi Röhrl won only  one further special in spite of really going for it. He could do  nothing about Vatanen who triumphed in 3 specials as did  Toivonen with Blomqvist, Saby and Biasion sharing the runnerup  spots. Thus, in Monaco Vatanen and Harryman beat Röhrl – Geistdorfer by 5 mins 17 secs and Salonen -Harjanne by  10 mins 5 secs. It was the fourth consecutive victory for the  Vatanen -Peugeot T16 205 pairing which won 21 out of the  33 specials. The 3 Peugeots finished in the first five and Gardère Bufferne’s  victory in the Promotion category completed the  Sochaux make’s triumph. This success was all the more striking  as Audi had done a lot of work to improve their cars and  Walter Röhrl was considered by many to be the best rally  driver in the world.

The sheer brute power of the Audis and Peugeots at full  speed was absolutely mind-blowing to see as was the performance  of the Lancias, always sideways to the great delight of  the spectators at 160-180 kms in the snow in the long curves  bordered by ravines. Vatanen’s spectacular comeback which  began in the snowbound Vercors section really made the event  into something exceptional.   And to think that it almost didn’t happen! It was war  between the ACM and the FIA until a last-minute compromise  was found the day before the start. The ACM had to give in  to certain demands of the governing body and the uncertainty  generated meant that the number of entries was down.