1984 : Et de quatre pour RÖHRL !

Read in english Lire en français

Walter Röhrl sur Audi Quattro

La polyvalence de Walter Röhrl prouve son immense  talent. Gagner quatre « Rallye Monte-Carlo » au volant de  quatre voitures différentes, voilà l’exploit réussi par cet  Allemand surdoué. Sa victoire, cette année-là aux commandes  d’une Audi, est éclatante. Face à lui se dressaient pourtant les  excellents Blomqvist et Mikkola, tous deux rompus à la  technique particulière de pilotage de cette machine sophistiquée  : quatre roues motrices, moteur turbocompressé en  position avant avant. Tout le monde « attendait au tournant »  le transfuge de Lancia, totalement inexpérimenté dans ce  pilotage. A la grande surprise de tous, il ne lui faudra que  deux spéciales pour assimiler et maîtriser tout le potentiel de  sa monture. Après deux spéciales donc, il deviendra l’égal de  ses équipiers… et réussira même à les dominer.

Cette édition très enneigée est un cadeau de la nature à  Audi, donnée largement favorite. La question est de savoir  qui, des trois pilotes, va être le meilleur. Évidemment, Blomqvist  semble le plus apte à s’imposer. Il confirme les pronostics en  remportant les deux premières spéciales devant Mikkola et  Röhrl, leur infligeant respectivement 1’ 32” et 1’ 51” de retard.  A ce moment-là, on pense que les dés sont jetés. Dans la 4e  spéciale, Saint-Bonnet-le-Froid (la troisième vient d’être  annulée à cause de deux accidents dont l’un a entraîné la mort  d’un spectateur), Röhrl bouscule Blomqvist en le battant de  30”. Ca peut arriver, pense-t-on. Mais voilà que dans le Mou- linon, l’Allemand inflige une sévère leçon au Suédois : en  38 km, il lui reprend 56”. Au regroupement de Grospierre,  Blomqvist n’a plus que 13” d’avance.

Le sursaut du Suédois, à la reprise, est aussitôt neutralisé  par l’Allemand dans l’infernal Burzet disputé dans des conditions  extrêmes. Dans Saint-Nazaire-le-Désert, Röhrl s’empare  du leadership. Le duel entre les deux hommes est terrible.  Dans le col de Perty, Blomqvist reprend son bien, qu’il conserve  de peu (19”) jusqu’au regroupement de Gap, en dépit d’une  victoire de l’Allemand dans l’avant-dernière spéciale. La  dernière, comme les deux premières après Gap, est annulée  pour enneigement trop important.

Mikkola sur Audi Quattro

Et le duel, plus violent que jamais, reprend. Chaque  spéciale incite l’un et l’autre à l’exploit. Ce « à toi, à moi la  victoire » commence avec le leader. Röhrl réplique implacablement  dans le col des Garcinets (il n’a plus que 12” de  retard), puis dans Sisteron – Thoard (le voilà à 3”), enfin dans  Le Chaffaut – Puimichel où il prend la tête du rallye. Sa furia  ne s’arrête pas là. Irrésistible, il remporte également les trois  épreuves suivantes bien que Blomqvist se défende, en grand  champion qu’il est, avec énergie et opiniâtreté. Mais l’Allemand  est bien le plus fort. A Monaco, les trois Audi monopolisent  les trois premières places : Röhrl devance Blomqvist de 29”,  Mikkola de 6’ 56”. Le Champion du Monde en titre, après deux  grosses erreurs de pneus au tout début de rallye, se sentant  inférieur à ses équipiers, ne fait qu’assurer le triplé.

Mais derrière cette déferlante Audi, que se passe-t-il ?  On pensait voir en bonne place les Lancia 037 de Bettega, Alen,  Biasion, Andruet. Mais la méconnaissance des nouveaux pneus   Pirelli provoque de nombreuses erreurs dans les choix des  pilotes, d’où mauvaise adhérence, motricité insuffisante, beaucoup  de retard et plusieurs sorties de route (Alen). Surprise,  ce sont alors les Renault R5 Turbo des remarquables Thérier  et Saby qui sont les reines des deux roues motrices. Perpétuellement  en glissade, elles assurent le spectacle… et signent  d’excellents chronos. Thérier, le plus performant des deux, bien  que n’ayant reconnu qu’une fois ou deux alors que, en général,  les pilotes passent de six à douze fois, se classe à huit reprises  juste derrière les trois Audi. Son exceptionnelle prestation lui  donne la quatrième place, position qu’il conservera, avec brio,  jusqu’à la fin du rallye, après s’être offert un deuxième temps  scratch entre Röhrl et Mikkola.

Bettega sur Lancia 037

Les Lancia parviennent, parfois tout de même, à entrer  dans le bas du top 5. Si Alen réussit le plus souvent de meilleurs  résultats, Bettega, plus constant, est mieux classé.   L’Italien, en grande forme, se met en valeur dès le début  du parcours final en s’imposant face aux Audi. La route du col  de la Madone, entièrement sèche, lui permet de réaliser cette  performance, performance qu’il renouvellera dans Peille.   Mais, dès que la neige revient naturellement… ou apportée  par des spectateurs (Turini), les Audi reprennent leur marche  triomphale, parfois un peu contrariée par Bettega et Alen  lorsque les routes deviennent moins glissantes.   Röhrl gagne dans le Turini, Blomqvist réplique dans la  Couillole. Mais dans Puget-Théniers – Toudon, où Thérier a  brillé, et où Saby, sous la pression d’un Bettega qui convoite  sa place de 5e, se retrouve dans un fossé, Röhrl rejette Blomqvist  à 39”. Comme l’Allemand gagne également l’épreuve suivante,  le Suédois vient lui dire : « OK, tu as gagné, on arrête la  bagarre ». La fin du rallye devient alors un peu moins passionnante,  Röhrl et Blomqvist se partageant les victoires. A  l’arrivée, Blomqvist est à 1’ 13” du vainqueur, Mikkola à  12’ 40”, Thérier à 24’ 24”…   Deux autres pilotes terminent en beauté : Darniche sur  Audi 80 Quattro groupe A et Salonen sur Nissan 240 RS.   Röhrl remporte quinze épreuves pour neuf à Blomqvist.  L’élève perfectionniste a vaincu le maître. Röhrl ne manque  pas d’affirmer que c’est Blomqvist qui l’a initié à la conduite  de la Quattro. De plus, il avoue se fier au choix de pneus du  Suédois qui le conseille en toute franchise.   Certaines personnes firent alors remarquer que, si Blomqvist  n’avait pas eu le n° 7 qui l’obligeait à doubler un, deux, voire  trois concurrents partis devant lui, il aurait pu gagner. Ce à quoi  d’autres répondirent que Röhrl, lui, ouvrait la route. Alors ?   L’édition 1984 limitée à 220 engagés (contre 250 en  1983), connut son heure de gloire avec la retransmission en  direct, par TMC, des deux passages au sommet du Turini. Le  Rallye Monte-Carlo avait tout de même un peu besoin de cette  reconnaissance, lui qui souffrait, depuis quelques années, de  l’immense popularité du Paris-Dakar puissamment soutenu  par les médias.

 

Thérier sur Renault R5 Turbo

 

 

couv-1984-bd
Röhrl sur Audi Quattro

Water Röhrl’s versatility was the hallmark of his talent  as proved by his 4 Monte-Carlo wins at the wheel of 4 different  makes of car. In 1984, he drove an Audi to victory in spite of  having to see off rivals like Blomqvist and Mikkola both of  whom were old hands at the technique required to drive this  type of car which had 4-wheel drive and a turbocharged engine  in the front overhang. Everybody was out to beat the ex-Lancia  driver who had no experience in the Audi but to their surprise  it took him only 2 specials to get the hang of it and master its  potential. He not only equalled the performance of his teammates  but also dominated them.

There was a lot of snow which handed the rally to Audi  on a plate and the question was: which of the 3 drivers would  be the quickest? The likely answer was Blomqvist and he  confirmed his position as favourite by winning the first two  specials from Mikkola and Röhrl who were 1 min 32 secs and  1 min 51 secs behind. At that moment the result looked a  foregone conclusion. In the fourth special Saint-Bonnet-le- Froid (the third was cancelled after 2 accidents one of which  led to the death of a spectator) Röhrl beat Blomqvist by 30  seconds. A flash in the pan thought some but in the Moulinon  the German got the measure of the Swede and in 38 kilometres  pulled back 56 secs. Thus, at the Grospierre halt Blomqvist’s  lead was only 13 secs.

Mikkola sur Audi Quattro

The Swede fought back after the restart but in the Burzet,  run in atrocious conditions, Walter gave nothing away and in  the Saint-Nazaire-le-Désert special he went into first place. The battle between the 2 men was terrible to behold! In Perty  Blomqvist got back in front and remained there by 19 seconds  until the halt in Gap in spite of a win by the German in the  second-last special. The final one like the first two after Gap  was cancelled because of snow.

So what was happening behind the Audis? The Lancia 037s  driven by Bettega, Alen, Biasion and Andruet looked like being  well up in the time sheets, but a lack of familiarity with the  new Pirellis led to several wrong choices by the drivers resulting  in lack of grip and poor road-holding hence late arrival   and several “offs”. The surprise came from the Renault 5  Turbos, quickest of the 2-wheel drive brigade, in the hands of  Thérier and Saby. They were always sideways (much to the  delight of the spectators) and set excellent times. Thérier was  the quickest and although he had only reconnoitred once or  twice whereas in general the drivers went over the specials  between 6 and 12 times, he finished just behind the Audis on  8 occasions. This put him in fourth place where he stayed  until the finish and scored a second place in one special  between Röhrl and Mikkola.

Bettega sur Lancia 037

The Lancias managed to get into the top 5 on a few  occasions. Alen was the quickest but Bettega was better placed  overall thanks to his steadiness. The Italian, who was driving  really well, showed his skills in the final section by beating  the Audis into first place. The road in the Col de la Madone  was dry and suited him down to the ground and he was again  quickest in the Peille special. However, as soon as the drivers  hit snowy conditions (spread by spectators in some cases!) the  Audis again took over the leading places but Bettega and Alen  were still a thorn in their side whenever the surface was less  slippery.   Röhrl won in the Turini and Blomqvist did the same in  the Couillole. In the Puget-Thénier -Toudon special where  Thérier shone and Saby under pressure from Bettega for fifth  place, ended up in a ditch, Walter pulled out 39 secs over the  Swede. As the German won the next stage Blomqvist threw in  the towel and said: “OK You’ve won. Let’s call off the battle”.  Thus, the end of the rally was not all that exciting with Röhrl  and Blomqvist sharing the wins. At the finish Blomqvist was  1 min 13 secs behind the victor followed by Mikkola 12 mins  40 secs back and Thérier some 24 mins 24 secs down. Two  other drivers put in fantastic performances, Darniche in his  Group A Audi 80 Quattro and Salonen in a Nissan 240 RS.   Röhrl came home first in 15 specials as against 9 for  Blomqvist and it was a case of the student outdoing the master  as the German insisted on the fact that it was his team-mate  who helped him to learn how to get the best out of the Quattro.  In addition, he admitted that he had put his trust in the advice  given to him by the latter concerning tyre choices.   There were those who said that Blomqvist was hindered  by having the number 7 as he sometimes had to overtake one,  two or even three cars which had started in front of him,  otherwise he could have won. Röhrl’s supporters, however,  countered with the argument that their man had to start first.   The 1984 event was limited to 220 entries as against 250  in 1983 and the 2 passages in the Turini were shown live by  TMC. The Monte-Carlo needed this boost as for several years  it had been living in the shadows of the immensely popular  Paris-Dakar which generated huge media coverage.

therier-sur-renault-r5-turbo
Thérier sur Renault R5 Turbo